J’ai la tête qui tourne, le cœur à l’envers, une douleur à l’estomac qui me coupe le souffle. Je ne vois et n’entends rien. Tout est noir, tout est assourdissant de silence. Malgré tout, je suis certaine de ne pas tomber dans quelque chose sans fin mais de flotter, au milieu de nulle part. Au près de moi, je sens sa présence, il n’a pas bougé, il me retient toujours par la taille tout contre lui. Je lui parle, pourtant, aucun son ne sort de ma bouche. J’ai beau hurlé, rien. Il ne semble pas plus apte à communiquer que moi. Son immobilité finie par m’inquiéter, surtout que je ne peux que le savoir là et pas le voir. Son étreinte se fait moins présente, sa main glisse le long de ma hanche jusqu’à ne plus me toucher du tout. Affolée, je m’agite et, telle une aveugle, je tâtonne à sa recherche dans ces ténèbres oppressantes. Non ! Je ne le trouve pas. Je ne le retrouve plus. Mais où est-il ? Ma peur me glace d’effroi. Ma peur me fait pleurer. Je tourne et tourne sans cesse sur moi, j’avance, je recule. Rien. J’hurle, son nom, ma terreur, mon désespoir. Un faisceau de lumière crève ce brouillard noir, m’aveugle momentanément et, un peu comme le ferait une bonne douche froide, me fait me ressaisir. Je respire un grand coup, fait abstraction de la peur qui me dévore de l’intérieur et reprend un semblant de calme. D’un revers de main, j’essuie mes larmes. Où suis-je ? Avec l’apparition cette lumière bleutée, je vois enfin ce qui m’entoure. En bas il n’y a rien d’autre que le vide, en haut par contre, une surface plane flotte. Peut être que je peux l’atteindre. Si j’ai réussis à me déplacer sur les côtés, il se pourrait que je puisse le faire également de bas en haut. Avant toute chose, je voudrais retrouver Kyan. Je fouille du regard l’immense étendue qui m’entoure. Plisse des yeux à en pleurer… Ça y est, je le vois ! A quelques mètres de moi, son corps inerte. Je l’attrape par les épaules et le secoue. Il faut qu’il se réveille, il n’est qu’inconscient, il n’est pas…mort. Il n’est pas mort. Tremblante, j’arrête de le ballotter au bout de quelques minutes. Il faut me mettre à l’évidence… il n’est avec moi que de corps. Je pose mon menton sur son épaule et le tiens fort contre moi. C’est étrange comme j’ai pu m’attacher à lui en si peu de temps. Dès la première fois que j’ai croisé ses yeux à vrai dire.
- Kyan, je t’ai fais confiance… Tu ne peux pas m’abandonner ! Je le savais, t’es qu’un idiot ! Un sombre idiot murmurais-je en pleurant.
Dès la première fois que j’ai croisé ses yeux si bleus, je savais où il m’emmènerait. Là où personne ne va jamais… Soudain, celui que je pensais parti, revient. Ses bras m’enserrent et à nouveau, je revois son sourire. Mais pas comme avant. Comme maintenant qu’il n’y a plus rien d’avant. C’est magique. Il est magique. Rien de tout ce qui m’entoure ne me semble faire partit du monde réelle. Tout est si nébuleux, si fabuleux, si coloré, si étranger pour moi. Je ne suis plus en apesanteur, mes pieds touchent le sol, celui de cette plate forme que je voyais depuis en bas. Elle est tellement grande que, j’ai l’impression qu’elle est sans fin. Des montagnes, de la faune, de la flore, voilà ce qui la fait. Des herbes et des feuilles violettes, des chats avec des ailes, des papillons deux fois plus grands que la normal, des oiseaux semblables aux phénix et une infinité d’autres créatures surprenantes tout droit sortit, pour la plupart, des mythologies. On ne peut pas faire un pas sans tomber sur ces minuscules particules qui ressemblent à s’y m’éprendre aux traînés de poudres que laisserait après elle la fée Clochette. Chaque centimètre carré est remplit d’une féerie des plus magnifique. Mes yeux, mon odorat, mon ouïe et mon touché s’exaltent devant ce spectacle que je pense unique. J’en oublierais presque de m’étonner de me trouver ici. Mais ici où ? - Qu’est ce que c’est ça ? Et ça ? Et, où sommes nous ? Pourquoi ? Comment ? Quand ? Le blond est installé sur un énorme champignon jaune, les jambes croisées, il me regarde lui tourner autour, avare de savoir. Je lui montre un arbrisseaux aux feuilles et aux branches translucides, un escargot avec une carapace carrée et de l’herbe qui au touché change de couleur. Je ne reste pas en place, cours d’un bout à l’autre à l’affût de la moindre merveille. Je m’étonne et m’amuse de tout. Bien que je me sois penchée au-dessus d’une fleur aux pétales multi couleurs, un clignement d’œil plus tard, je me retrouve devant Kyan. - Eh mais…
- Chut ! m’ordonne-t-il en fronçant les sourcils. Une question à la fois.
- Pourquoi c’est aussi étrange ici ?
- Parce que ce n’est pas autrement.
- Comment est ce qu’on a atterri ici ?
- Comme on atterri à n’importe quel autre lieu.
- Qu’est ce qu’on fait ici ? - Ce qui te plaira.
- Pourquoi est ce que tu ne réponds pas à mes questions ? demandais-je exaspérée.
- Je ne fais que ça déclare-t-il le regard malicieux. T’es fâchée ? Faut pas, surtout pas. On est ici pour toi, que pour toi.
Oui, je suis énervée de cet air satisfait qu’il affiche. Je n’aime pas me retrouver en terre inconnue et là, carrément, je suis en monde inconnu. Tout aussi spectaculaire soit-il, il reste tout de même effrayant d’atterrir dans un endroit pareil. Un endroit qu’on ne pensait possible que dans l’imaginaire. Et si j’étais devenue folle et que j’étais sujette à des hallucinations ? Comme pour me rassurer, Kyan glisse sa main dans la mienne. Je le regarde sous un tout autre jour.
- Qui es tu ?
Ma question semble le surprendre, son assurance légendaire s’effrite. Celui qui n’affichait que l’insouciance d’une domination d’informations, ne semble plus du tout à l’aise. Il a le regard fuyant et paraît hésiter à me donner une réponse. En monde inconnu avec un inconnu. Si je n’ai pas peur de lui, c’est que peut être il ne m’est plus autant étranger qu’avant.
- Tu es Kyan répondis-je à sa place, celui à qui je donne toute ma confiance, mon baby sitter. Il n’y a rien d’autre à savoir, n’est ce pas ?
Je serre sa main et le regarde dans les yeux. Une façon de le sonder, d’approuver l’impression que j’ai de lui.
- Non…
- Alors ok, le chapitre est clos. Maintenant, dis moi ce qu’on fait ici, réellement.
- Je te l’ai dis, ce que tu veux. - Soit plus clair. - Tout ce que te permet ton imagination.
- Comme par exemple manger un bout du nuage qui flotte à quelques centimètres du sol ?
- Peut être…
- Comment ça peut être ? Je croyais que tout et rien m’étais possible.
- C’est le cas.
- Alors quoi ?
Mes questions sont pourtant simple, alors pourquoi faut il qu’il réponde aussi évasivement ? Il m’énerve. Il secoue légèrement la tête, sûrement d’agacement, et m’offre son plus beau sourire. Si ça ce n’est pas un paradoxe.
- Regarde dans le creux de ma main. Que vois tu ?
Mes yeux vont de sa paume, à ses yeux. Incrédule, je suis presque sûre qu’il me prend pour une idiote. Sa main est aussi vide que la bulle de savon qui flotte sur sa tignasse.
- Vas-y, dis moi ce que tu vois.
- Rien, strictement rien.
- Maintenant…
Il m’attrape par le poigné et délicatement, fait passer ma main au dessus de celle qu’il garde ouverte depuis un moment. Je sursaute lorsque je sens au bout de mes doigts quelque chose de chaud et velue.
- Qu’es ce que… ?
- N’ais pas peur. Ce n’est qu’une fleur, un rien carnivore, je te l’accorde, mais aussi petite elle ne risque pas de t’avaler dit-il ironique.
Cette déclaration ne m’a en rien rassurée, j’ai sans tardé ôté ma main de la sienne, l’essuyant sur le pant de mon pull. J’étais entrain d’imaginer cette petite chose poilue… Il se moque un peu de mon affolement et devant mon air contrarié me fait une bise dans le coin de la bouche, ce qui a pour effet d’effacer toutes remarques ou coups sanglants de ma part.
- Voilà où je veux en venir. Cette fleur, je la vois, je peux l’entendre, la toucher et la sentir, tandis que toi, tu ne peux que la toucher. Ce nuage dont tu me parles, je serais bien incapable de te dire ou il se situe ni de quoi il à l’air. Tu comprends pourquoi ?
- Mmm… Et bien, parce que on ne peut pas avoir le même état des lieux ? Je veux dire, on a chacun la vue d’un monde qui nous est propre.
- Exactement.
Je n’en reviens pas, cet univers est encore plus fantastique que je ne l’aurais cru. Mais où sommes nous exactement ?
- Quelque part répond-t-il sans que je n’ai besoin d’ouvrir la bouche.
Oui, bien sûr, quelque part. Mais où exactement ? Il abor une moue amusé devant mon air plus qu’agacé. S’il n’avait pas ces yeux si… ouah. Cette bouche, son sourire… ça fait longtemps que je l’aurais étripé. J’ai toujours la fâcheuse impression qu’il se moque de moi et ça, je déteste ! Soit. Nous sommes « quelque part », mais… Une question que j’aurais sans doute dû me poser bien avant me titille l’esprit.
- Dis… Somme nous les seuls ?
J’ai à peine eut le temps de lui poser la question, que la réponse me saute littéralement aux yeux…
cass
jeu 17 avr 2008 21:30