Fedora se trouvait enfin
là où elle aurait dû être depuis…
presque une demi heure. Devant la porte du bureau de ce fameux
Nade. Celui-ci semblait avoir énormément
d’humour pour avoir inscrit un tague, à l’aide
de ce qui semblait être des bombes de couleurs : « Nade
le suprême ». A moins qu’il est un égo
surdimensionné.
- Tu
frappes ?
-
Euh… oui. Ah, et merci encore…
- Norine
compléta-t-elle en souriant.
Sa
sauveuse ! Si elle n’était pas en jupe, elle se serait
sûrement mise à genoux et aurait embrassé les
escarpins baby dolls de Norine. Elle avait fait bien plus que lui
indiquer la direction à prendre, elle l’y avait
accompagnée. Durant le chemin, elles avaient parlées
et s’étaient merveilleusement bien entendu
essentiellement sur le fait que les shampooings à
l’olive étaient des pures merveilles capillaire. En
somme une conversation très érudite.
Fedora
frappa trois petits coups, priant intérieurement pour
qu’elle n’ait pas à faire avec un
désagréable patron mégalo et tatillon sur la
ponctualité.
- Je
serais bien restée avec toi vu que j’ai besoin de
m’entretenir avec lui, mais, je tiens trop à ma
survie… Oh, ne t’inquiète pas, il ne mange pas
rajouta-t-elle devant l’air mi-interrogateur, mi- soucieux de
Fedora. En fait ça dépend de son humeur dit-elle en
s’éclipsant.
- Norine
attends. J’ai une pochette qui…
La fin
de sa phrase, tout comme la serviette rouge qu’elle tenait
dans sa main, resta en suspend. La jeune fille avait filé,
hilare, croyant qu’elle s’était alarmée
à l’idée d’avoir devant elle un dit ogre.
C’était sans la connaître, elle en avait
déjà dompté des ogres, cyclope ou pas, tueur
ou cannibale, ils ne la faisaient pas peur.
La porte
customisée s’ouvrit, Fera tout à sa
contemplation du couloir ne s’aperçu de rien. Quand
elle se retourna, elle était à nouveau
fermée.
*
- Nade, il y a
quelqu’un pour toi dehors débita le jeune homme en se
laissant choir, sans la moindre délicatesse sur le fauteuil
vert.
- De qui
s’agit-il ?
Il ne
répondit pas, il était bien trop occupé
à réfléchir à son emploie du temps
futur. Comme c’était exténuant de ne rien faire
! Il tourna la tête et découvrit, surprit,
quelqu’un qu’il ne pensait plus revoir, du moins, pas
ici et pas après tout ça.
- Tiens,
un revenant ! Ben alors, tu as perdu ta grande gueule ?
demanda-t-il moqueur.
- Qui
donc ? demanda Nade coupant la parole au jeune homme.
- Que
veux tu que j’en sache ? Une de tes conquêtes
sûrement répondit-il agacé avant de fixer, un
sourire mauvais au lèvre, l’occupant du siège
en face de lui.
-
Pourquoi je te paie, à ton avis ?
- Pour
que je ne traîne pas dans les rues comme papa te l’a
demandé… Enfin, quand il était toujours normal
rajouta-t-il en regardant son voisin. Celui-ci baissa la
tête, terriblement gêné par ce sous-entendu. Il
se mordit nerveusement la lèvre. Pourquoi fallait-il
toujours qu’il le lui rappelle ?
- Ferme
là Soren ordonna Nade en lâchant des yeux
l’écran de son ordinateur. Ouvre-la....
- Eh !
Il faudrait savoir : je la ferme ou je l’ouvre ?
Nade
soupira exaspéré. Qu’il était chiant !
Ce sale caractère était de famille…A qui
ressemblait-il le plus, à son père, à lui ou
à…
- Allo ?
La planète Soren appelle le satellite Nade dit-il en imitant
la voix métallique d’un haut parleur.
Nade
releva la tête, Soren se tenait penché au dessus de
lui, son air de défi scotché à son visage
angélique bien plus que trompeur. Qu’allait-il encore
lui demander ?
-
T’y va toi-même très chère frère,
il s’assit sur le rebord du bureau, je crois bien
qu’elle me déteste à l’heure qu’il
est.
- Tu la
connais ?
- Non,
il croisa les jambes, pensif. Oui. Pas vraiment. On s’est
juste… heurté dans le couloir. D’ailleurs,
c’est elle qui a les dossiers que tu m’as
demandé.
-
Comment… Il s’apprêtait à le questionner,
voir à l’étrangler, mais, sentant le
châtiment arriver, Soren avait préféré
s’enfuir.
- Oh
fait petit frère, la prochaine fois, prend une boîte
de somnifères et de l’alcool…
- Je te
rendrais visite lorsque je serais passé de vivant à
trépas répondit celui-ci sarcastique.
-
C’est trop d’honneur ! Je t’attends avec
impatience… marmonna-t-il avant de partir.
Les deux hommes se retrouvèrent à
nouveau en tête à tête, ils ne dirent mot. La
visite de Soren, comme toujours, avait jeté un froid. Il
avait le don pour remuer le couteau dans la plaie, mais lui au
moins ne jouait pas l’hypocrite, un avantage qui
n’était pas négligeable.
- Quand
vas-tu concéder à lui payer un maître ?
lâcha l’un des deux, brisant ainsi le lourd silence qui
s’était installé entre eux.
- Ne dis
pas n’importe quoi répondit l’autre. Il
ôta ses lunettes de vues et mordillant une des branches, se
concentrait sur la manière dont il devait lui
parler.
-
C’est bon Nade. Ne cherche pas de midi à quatorze
heures… Tu es tellement transparent que ça en est
affligeant.
Touché, coulé. Il n’avait jamais su
paraître aussi impassible qu’il le désirait
devant lui. Dommage. Peut être aurait-il réussit il
à lui faire entendre raison.
*
Cela
faisait quelques, longues, minutes que Fedora attendait
derrière la porte close. Depuis que le type aux cheveux
rouge jais était sortit, personne. Assise sur une des
chaises les plus dures qu’il lui ait donné de
connaître, elle trépignait d’impatience en
silence. Quand pourrait elle enfin rentrer chez elle ? Retrouver
ses draps, sa couette, sa taie d’oreiller mainte et mainte
fois tremper de son désespoir ? Au moins, entre les quatre
murs de sa chambre elle pouvait se morfondre en toute
tranquillité. Elle soupira longuement. Autant
s’ennuyer dignement : elle prit son carnet et son porte mine.
Dessus, elle inscrit les quatre premières phrases de sa
liste pense bête :
1)
Suspendre Jaeden tête en bas.
2)
Offrir cette robe à l’armée du
salut.
3)
Balancer aux ordures la chemise rouge après avoir
déchiré chaque feuilles en au moins cent
morceaux.
4)
Revoir Vance… lui hurler dessus à plein poumon, lui
taper dessus puis l’embrasser.
Lorsque
la porte s’ouvrit à la volée, elle referma le
cahier automatiquement, comme si elle craignait que quelqu’un
puisse lire ce qui y était inscrit. Un jeune homme en
sortit, les bras chargés d’un énorme sac fourre
tout. Fedora se précipita sur lui, non pas pour
l’aider, mais pour lui montrer tout son
mécontentement.
-
Excusez moi. Ohé ! Monsieur ?
- Oui,
il tourna sur lui-même afin de voir le visage de celle qui
l’interpellait aussi abruptement. Fedora eut un mouvement de
recule à peine visible, elle se reprit presque
immédiatement, se mordant inconsciemment le creux de la
joue. - Nade est il présent ?
- Oui. -
Est il apte à me recevoir ? - Non, pas pour le
moment…
- Et que
fait il ainsi ? Il reconstruit le monde ?! Le jeune homme
fronça les sourcils, contrariés. Même ça
se dit-elle, la vie fait des choses vraiment
étranges…
- Nade
est chargé comme un buffle, à deux frères -
l’un arrogant, l’autre mélomane- qui ne
s’entendent pas plus que l’Irak et les Etats-Unis. de
plus il a une montagne de tâches à accomplir et se
fait harceler par une petite écervelée blonde de
surcroît… Alors oui, il reconstruit le monde : le sien
!
Sur ces
phrases débitées à toute allure, il s’en
alla sans plus faire attention à Fera qui était
scotchée dans la même position depuis presque une
minute, ce qui était un vrai record. Quelqu’un avait
réussit à avoir le dernier mot, fait historique pour
elle qui ne se laissait jamais avoir. A part peut être quand
il s’agissait de lui…
- Entrez
mademoiselle et désolée d’avoir passé
mes nerfs sur vous. Elle fut surprise de le voir
réapparaître et comme auparavant, elle fut
troublée. Il avait fait demi-tour, s’étant
quelque peu calmé, les bras toujours encombrés par
des dizaines d’objets non répertoriés. Debout
devant elle, il semblait embarrassé d‘une part par son
chargement et d’autre part par la situation.
-
Mon… frère vous fera patienter le temps que je
retourne dit-il quelque peu hésitant.
Ce
n’était évidemment pas dans son habitude
d’agresser les gens sans raison, il avait donc décider
de faire bonne figure en allant s’excuser de cette saute
d’humeur. Il s’en alla à nouveau, laissant une
Fedora pantois. Que penser d’un revirement d’attitude
si brusque ? Si inattendue ? Elle entra dans la pièce,
pensive, et s’arrêta à quelques pas du bureau
où là, le fauteuil dos à elle semblait
occupé. Sans doute le fameux frère se dit-elle
à elle-même. Il ne s’était pas rendu
compte de sa présence, ce fut
l’évènement qui la décida à
quitter la pièce sans plus attendre. Reculant à
petits pas, elle s’arrêta dans l’encadrement de
la porte.
-
Bonjour, je dépose une chemise que j’ai par hasard
trouvée… Non, ce n’est pas la peine de vous
déranger pour moi, je ne fait que passer dit-elle vivement
en s’en allant effectivement. Lorsqu’il se retourna,
elle n’était déjà plus là. Seul
trace de son passage, le rectangle rouge posé au-dessus du
distributeur d’eau. Il n’avait pourtant pas besoin de
la voir pour savoir qu’il s’agissait
de…
-
Fedora…
Se pourrait-il que deux êtres qui se
cherchent autant, puissent se croiser sans jamais pouvoir se
reconnaître à temps ? Le destin semblait se jouer
d’eux dans une inlassable partie de cache-cache. Qui sera le
perdant ? Qui sera le gagnant ? Quel en sera le prix ? Peut
être aurait-il fallut que cette rencontre tant
espérée se fasse car, sans aucun coup de force
majeure qui les feraient se rencontrer, ni l’un ni
l’autre ne ferait le premier pas… Et cela même
s’ils se savaient proche l’un de l’autre. A trop
vouloir sauvegardée sa fierté, on finit par
dévier du chemin du grand rouleau et devenir des
naufragés de la vie. Noms et patrimoines personnels
disparaissent de ce livre qui recueille tous faits et gestes
à chaque secondes de la vie de tout mortel foulant la terre.
Mais sans doute que tout cela était prévu, dans un
autre livre pour une autre vie, car après tout, nous avons
tous le libre arbitre. Ne serait ce pas cela, mourir pour toujours
?
Fin!
mot de
l'auteure (peut-être
définitive, je ne sais pas encore si je continue l'aventure
avec ces deux têtes de mûles. Comment est ce que j'ai
pu créer deux énergumènes pareils?. Bref, vous
pouvez toujours me donner votre avis sur la question...)
