Je suis maudite.
Maltraitée.
Mal aimée.
Délaissée.
C’est mon anniversaire…
C’est mon anniversaire et je n’en ai rien à foutre.
Rien à foutre qu’ils le fêtent sans moi.
J’ai l’habitude.
Rien à foutre qu’ils ne me fassent pas assez confiance.
Pour me laisser seule.
Alors que j’ai 17 ans.
Jusqu’à ce soir minuit.
Que j’ai 17 ans…
Et depuis hier…
Le cœur brisé…
Les cheveux bleus…
Les cheveux coupé…
L’esprit tortueux …
Le dos tatoué…
Une croix …
Profane.
Cela fait quelques minutes à peine qu’ils ont quittés la maison. Parés de leurs plus beaux habits, ils se sont entassés dans la voiture familiale jetant à peine un coup d’œil vers moi.
Je suis invisible.
Le bas de jogging noir que je porte, deux fois trop grand pour moi puisque appartenant auparavant à mon grand cousin, me traîne jusqu’aux pieds. Je me prend souvent le pied dedans et me retrouve à terre presque aussi souvent. Parfois si j’ai de la chance, je tombe en privé, d’autres fois par contre, je m’écrase le nez contre le parquet devant tout le monde. Ils n’hésitent en aucun cas à se moquer de moi. Alors pourquoi m’obstiner à le porter ? Chase est mort. Il s’agit là, de la seule chose qu’il me reste de lui. Il n’est pas tout neuf, ni même très beau à regarder mais je m’en fiche. Quand je le porte, j’ai l’impression qu’il est là, qu’il essaye de me faire retrouver le sourire, je l’entends à nouveau me chuchoter des phrases réconfortantes…
Chase. Prénom formellement interdit dans cette famille. Je crois être la seule à l’avoir aimer. On était pareil tout les deux : des mal-aimés. Il faut bien se soutenir, dans ces cas là. Pourquoi est ce que je pense a lui ? Aujourd’hui plus exactement ? C’était le jour de mon quinzième anniversaire et, il est partit, pour toujours. Je détestais ce jour, à présent, je le hais. Il revient chaque année plus pesant que les précédentes me rappeler à quel point je suis une erreur… J’ouvre les yeux. Couchée la tête en bas, le sang me monte à la tête. Je me redresse. M’assois. M’étire. La sonnette d’entrée résonne.
20h45 affiche la grande horloge du salon. Il est en retard.
J’ouvre la porte, personne. Serait ce encore ces monstres de gosses ? Non. Il est là, adossé à la rambarde, la cigarette au bec. Je déteste la fumée. Il ne semble pas se rendre compte de ma présence. Il veut quoi ? Que je cries ? Je claque violement la porte contre le mur, là, c’est sûr il me verra. Il tourne la tête surpri, j’aperçois son visage. La lumière de la lampe lui éclaire entièrement la face. Un blond aux yeux bleus. Il a un air qui ne m’est pas inconnu…
Le genre David Galagher. Je déteste.
Il paraît gêné. Ecrase sa cigarette sous la semelle de ses lourdes godasses, grimpe les marches et se poste devant moi. Il me dépasse de beaucoup, il faut dire que je n’ai jamais été très grande. Qu’a-t-il à me regarder ? N’a-t-il jamais vu une jeune fille aux cheveux totalement bleus ? Je m’écarte pour lui faire signe d’entrer. Je suis sûre que si je n’avais pas bougé, il serait resté planté là.
Il se colle au maximum contre l’encadrement, ce qui n’empêche, en aucun cas le contacte entre nos deux corps. Oui. Sans doute aurais-je dû, pu, me pousser... Je referme la porte et en profite pour le détailler un peu plus. Sweat noir et vert pastel à capuche, jean noir genre baggy, chaîne qui pendent à sa ceinture… Streat wear. Je déteste.
Grand, élancé, musclé. L’apollon type. Marre des dieux grecs. Ses yeux caressent chaque parcelles de la pièce, les mains dans ses poches, il pivote sur lui-même jusqu’à capter mon regard.
- Je m’appelle Kyan dit-il avec un léger accent sorti de je ne sais où. Et toi c’est… Ava ?
Kyan ? Horrible. Il ose essayer de prendre contacte avec moi… Le fou. Sous mon silence, il se contente de sourire. Quel con…
Je n’avais pas encore remarqué, mais, il a un pansement sur la joue gauche. Un bagarreur ? Merci les parents, vous me refilez un serial killer. Si vous vouliez vous débarrassez de moi, il y avait plus facile. Il suffisait de me le demander. Je lui tourne le dos et me dirige vers les escaliers, prête à les grimpés quatre à quatre et retrouver mon antre. Il bondit et se positionne entre moi et eux, me bloquant ainsi l’accès. Du coup, je m’écrase contre son torse. Je fronce les sourcils. Qu’est ce qui lui prend ?
- T’es parents m’ont formellement interdit de te laisser seule dans ta chambre m’explique-t-il désolé.
Ah ouais ? Il ne manquerait plus que ça… Résignée, je m’affaisse sur le canapé d’angle et ferme les yeux. Quels salauds !
Quand je les ouvre à nouveau, une bonne demie heure après, une agréable odeur me vient au nez. Je me lève légèrement, sur la table de la cuisine un plateau repas. Il se permet de surcroît de s’offrir un repas au compte de mes parents. C’est la meilleure celle là ! Je me recouche dans ma position préférée, la tête en bas. Les yeux fermés, encore, j’ai la désagréable sensation d’être observée. J’écarte péniblement mes paupières et manque l’infarctus. Il est accroupi devant moi le sourire aux lèvres. Je n’ai pas du tout envi de rire moi. Que me veut il encore ?
- J’ai préparé un truc, il se met debout, je suis son mouvement du regard et reste étonnée devant le tablier attaché autour de ses reins. Tu m’accompagnes ou tu continues à faire la tronche dans ton coin ?
J’ai l’air de faire la tronche ? Non mais ! Comme je ne réponds pas et continue à ne pas faire la tronche, il se lève et s’en va. Vu d’en bas, il à un cul plutôt pas mal… Merde. Vade Rétro mes idées perverses ! Je reste squatter le canapé encore quelques minutes puis, contre mon grés , je me vois me lever, traverser la distance entre la cuisine et moi. Je m’assoie. Je jette un coup d’œil à l’assiette qui paraît m’être destinée. De la verdure. Ça tombe bien, je suis végétarienne. Il n’est pas là l’autre… d’ailleurs, il est où ? Son assiette est pourtant belle et bien là, elle. Et mais… Qu’est ce qui me prend ? J’en ai rien à foutre de ce qu’il fou ! J’entame lentement mais sûrement les feuilles verdâtres, les mâchouillant le plus longtemps possible. Manger, c’est tout un art surtout pour moi qui prend des lustre à finir mon repas. Quand je mangeais à la cafet’ en sa compagnie, Dorian était toujours désespéré de me voir prendre un quart d’heure pour finir entièrement un simple yaourt… Par contre, quand il s’agissait de dévorer ses lèvres, c’est sûr que ça ne prenait pas autant de temps. Mon cœur se serre légèrement. J’effleure du bout des doigts mes lèvres. Je ne devrais pas penser à lui.
Kyan débarque de nulle part et s’assoit disgracieusement sur la chaise à l’autre extrémité de la table, il empeste la cigarette. Je fronce le nez mais ne dis rien et continue à manger.
Un lourd silence s’établit entre nous. Ça ne me gêne pas outre mesure. Je n’ai pas pour habitude de parler surtout quand je n’ai rien à dire. Le blond cale son menton entres ses mains et me fixe de ces océans bleus qui lui servent d’yeux. Fixe moi tant que tu veux … Je soutien son regard sans ciller.
Tic…Tac… Tic… Tac… Cette horloge… Je l’aurais volontiers explosée. Si seulement j’avais un marteau à porté de main.
Je pousse l’assiette en porcelaine si précieuse de ma mère. Je relève la tête, mon regard s’accroche à celui de Kyan qui à présent est avachis sur la table. Il n’a pas touché à son assiette, pas une seule fois. A quoi il joue ? Comme s’il savait ce à quoi je pensais, il me dit amusé : - Tu t’es trompée d’assiette.
Comment ça ? Je regarde l’assiette que j’ai vidée puis celle en face de Kyan. Ok. Je comprends. Si je n’avais pas vu pire, j’aurais sûrement eus honte. Honte d’avoir manger comme un goinfre dans le repas d’un autre. Repas qui était très goûteux. Retour à la case départ.
A nouveau couchée sur le canapé crème du salon, la tête toujours posée sur l’accoudoir, je regarde la télé sans vraiment la voir. Mon baby-sitter assit en tailleur sur le tapis adossé au canapé, lui, paraît plongé carrément dans le film. Je baisse les yeux, ah ben non… Il me regarde moi, encore. J’ai quoi de si spécial à la fin ? Et pourquoi son visage est si près du mien ? Il se rapproche… Il se rapproche ?! J’suis sensé faire quoi moi ? Ça ne se voit peut être pas sur mon visage mais, j’ai le cœur qui bat tellement fort que je m’attends à n’importe quel instant à ce qu’il me sorte du torse. Je n’y crois pas ! Je vais me faire embrasser par un type que je ne connais que depuis… deux heures ! Réveille toi Ava !
- J’ai besoin de prendre un bain soufflais-je lorsque ses lèvres n’étaient plus qu’à quelques minimes millimètres des miennes. Autant dire que je parlais contre ses lèvres.
Il ne bouge pas et attend sans doute que je continue ma phrase. J’ai des fourmis qui s’amusent sadiquement à me remonter le dos ...
- Vu que je n’ai pas le droit d’être seule dans une pièce close… Je recule, loin de lui, et m’assoie sur l’accoudoir du canapé.
Kyan relève la tête ; l’air sonné, il me fixe.
Tu ne pensais pas que j’aurais brisé ce moment, hein ? Et bien, moi non plus. Je resserre pudiquement mes mains sur mon sweat, les jambes contre mon torse, j’essaie de calmer les battements fous de mon cœur. Je lui en veux. Non, je m’en veux. Qu’est ce qui me prend de me laisser aller jusqu’à être sur le point d’embrasser un type que je ne connais pas ? Je suis en manque ? Oui, c’est ça. Je me sens mal, j’ai un énorme vide. Là, dans mon cœur. C’est horrible parce que… je ne croule plus sous la douleur. J’ai juste une plaie béante, indolore mais dérangeante.
L’eau bouillante glisse le long de mon corps, effaçant peu à peu ma confusion. Je me remémore sans cesse la scène qui est cause de mon état émotionnel. J’avais tellement envie de goûter à ses lèvres… mais je m’y suis refusé. J’ai bien fais. Ce n’ai vraiment pas le moment de me faire sauter ou même d’y penser. Parce que bien sûr, ce baiser nous aurait irréfutablement portés leur vers l’autre, dans un tourbillon de plaisirs charnels. Je le sais. Parce que j’ai lu dans ses yeux. Parce que je me connais… « J’ai bien fais » je me le répète sans arrêt. Alors… Pourquoi ai-je cet énorme poids sur la poitrine ? Je pose mon pied sur le carrelage glacé. L’eau ruisselle de mon corps jusqu’au sol, créant bientôt une flaque presque invisible sur les carreaux blancs. Soudain, la porte s’ouvre. J’attrape rapidement ma serviette de bain que je plaque tant bien que mal sur mon corps afin de dissimuler le peu que j’ai de formes.
- Oh ! Désolé dit-il l’air pas désolé du tout. Heum… je… Tu prenais plein de temps alors j’ai cru que…
Devant mon regard assassin, il referme rapidement la porte. Mais quel con !
Je sors de la salle de bain quelques minutes plus tard en peignoir. Je ne tente nullement le diable. C’est juste que je n’aie pas pensé à prendre mes vêtements. Et ouais, ce n’est pas tout le temps que j’ai un garde du corps à mes trousses quand je me rends dans la salle de bain. Sans même allumer la lumière, je me dirige vers mon armoire et l’ouvre au maximum. Là, j’attrape les premiers truc qui me tombent sous la main, qui veut dire, un jean et un simple pull à longues manches gris. En relevant la tête, je me rends compte que je ne suis pas seule. Dans le miroir le reflet de mon baby-sitter. Assit sur le rebord de la fenêtre, il fume tranquillement une de ses clopes, le regard dans le vague. La lueur de la lune dessine de drôles de formes sur son visage qui m’apparaît de plus en plus fermer lorsque je m’approche de lui. C’est étrange comme il paraît soudainement avoir tout les malheurs du monde sur ses épaules, lui qui m’énervait il y a peu avec ses larges sourires…
Lorsqu’il pose ses yeux sur moi, c’est de surprise qu’il les plisse. Je crois que je préfère mille fois ses sourires stupides que son regard emplit de tristesse, il me transperce le cœur. Je m’installe à côté de lui, attendant un je ne sais quoi. Il tire une taffe, lève la tête et la recrache lentement. J’en profite pour lui ôter la cigarette des mains, je l’écrase sur le mur puis balance se qui en reste par la fenêtre. Kyan suit la trajectoire de l’objet pendant que je me lève et m’éloigne de lui. Je ne vais pas très loin, sa main gauche se referme sur mon poigné m’empêchant d’avancer plus. D’un seul coup il m’attire vers lui. Il n’y met pas de force, j’aurais pu aussi bien me défaire de son emprise, pourtant je me laisse faire. Il me fait asseoir sur ses jambes, là encore je le laisse disposer de moi. C’est seulement lorsqu’il avance sa main vers mon visage que je recule. Devant ma réaction, il se contente de sourire.
- C’est ton dix-huitième printemps aujourd’hui constate-t-il. Quel serait ton cadeau idéal ?
Je réfléchis longuement. D’abord à son expression du « dix-huitième printemps » qui ne s’utilise plus depuis que Louis XVI* à été décapité, puis, a ce que je pourrais bien répondre et même, à si je réponds ou non. Si j’étais sincère, si j’ouvrais complètement mon cœur à ce gars, je lui aurais certainement dit que ce que je désirais par-dessus tout, c’était de rejoindre Chase. Il n’y aurait rien comprit, bien sûr, il ne sait pas qu’il est mort. Je le regarde du coin de l’œil et là, seulement je sais.
- Une perruque dis je sarcastique en rabattant quelques mèches bleues derrière mon oreille.
Je jubile intérieurement de la gêne que prodige ma réponse. Il n’avait cas ne pas regarder ma tignasse avec autant d’insistance.
A suivre...
oh la faute
monstrueuse! j'ai honte
voilà, elle est répareé merci
Tornado